Quand je pense à toi ou te regarde, mon désir approche, léger, entre ma tête et mon sexe. Rien encore ne bouge, ni ne gonfle, sinon le peut-être d'une promesse rieuse. J'aime me sentir en éveil. Mon plaisir c'est mon désir. Je me glisse auprès de toi et me pose, juste avant de te toucher. Approche savoureuse, même encore chaste. Avec mes doigts sur toi, tout devient vrai. Où les poser ? Sur ton ventre ? Au creux de ta taille juste à la naissance de tes hanches ? Sur tes seins ? N'est-ce pas trop rapide ? Chaque fois, je me donne l'impression d'improviser, comme en jazz, à partir d'un thème connu et aimé : le voyage commence.
Mon désir veut rencontrer le tien, s'en assurer, se réjouir de l'effet qu'il te fait. Mes mains glissent sur toi à loisir, te redessinent, te sculptent, t'entrouvrent ; tu frémis. J'en veux plus : mes lèvres cherchent ton cou, mes joues les recoins soyeux de ta peau. Mon heureuse tension intérieure monte d'une marche, chaque fois que je vérifie la fermeté de tes cuisses, ou la courbe de tes reins. Ton corps se tend, mes bras l'enserrent, le collent contre le mien, ta poitrine adoucit la mienne, mes jambes retrouvent les tiennes, s'y glissent.
Mon plaisir c'est ce désir, plus que telle ou telle sensation précise d'épiderme, c'est l'envie de t'investir, que j'aime ainsi faire grandir. Tous mes gestes veulent que tu m'espères, les yeux clos. Parfois, je laisse mon sexe en spectateur. Mes caresses t'ont mise sur un chemin où mon désir veut t'entraîner le plus loin possible. Il cherche ta jouissance en te touchant, en te pressant de mille manières, en laissant ma bouche te mordiller, mes lèvres t'effleurer, te bouleverser. Je veux attendre pour mieux m'emplir de cette force que tu stimules d'un soupir, d'un regard complice, d'un sourire confiant. Je deviens le tapis volant qui t'entoure et t'emporte.
Mon désir nous soulève ensemble et le sentir me comble. Son appétit grandit, il n'en restera pas là. Si tu as déjà joui, il va te relancer tant qu'il lui reste force et envie. J'entre en toi, tantôt en douceur, pour savourer chaque millimètre, tantôt d'un coup, comme aimanté. Mes yeux se ferment pour mieux voir à l'intérieur. Je te connais tant, je te découvre chaque fois. Mon désir va et vient, explorateur amnésique et ravi de l'être. Bien au chaud de toi, il prend les commandes, amplifie nos mouvements, accélère nos rythmes, te frappe comme la houle d'équinoxe la plage. Il t'empoigne, te courbe, te retourne, t'ouvre plus encore, comme pour tout savoir de toi, pour repousser plus loin ton point extrême.
Allons-nous sauter dans le ciel ensemble ? Non, pas encore, c'est trop bon, il faut rebondir, il reste à découvrir. Nous sentant presque sur la cime, j'intime à mon désir de nous laisser tranquilles un instant. Et là, soudain immobile, mêlé à toi, ne pouvant plus savoir qui est qui, je laisse mon plaisir, cette fois seul en scène, diffuser subtilement dans tout mon corps, les souvenirs de ce désir fou. Blotti tendrement en toi, je me sens presque alors un peu femme. » ...



